dimanche 17 mai 2026

Cartographie du manque

J’ai encore ton numéro dans les contacts de mon cellulaire. Pas parce que je risque de t’appeler. Non. Je le garde parce que je ne veux pas perdre cette trace tangible de toi dans ma vie. Il me reste les souvenirs, oui. Mais des preuves que tu as réellement traversé ma vie, il y en a très peu. Et j’ai beaucoup de difficulté à les laisser partir. 

C’est un peu comme la douleur de ton absence. Tu es ma douleur préférée. Une cicatrice que j’effleure du bout des doigts pour me rappeler. Pour ne jamais oublier qu’il y a déjà eu un nous. 

Parce que tu as été la seule personne avec qui j’ai pu être totalement vraie, pour la première fois de ma vie. Pour la seule fois. Auprès de toi, j’ai gouté la liberté. Toi et moi, ça goûtait vrai. Je t’ai montré mes peurs, mes tempêtes, mes faiblesses. Tu m’as vue, dans mes contradictions, dans mes faiblesses, dans ma vulnérabilité. Et tu m’as serrée si fort contre toi que certaines de mes fissures se sont soudées. 

Et peut-être que tout ça, c’était dans ma tête. Peut-être que j’ai tant voulu que tu brûles du même feu dont je me consumais pour toi que j’ai été aveugle. Peut-être que tout ce que tu voulais, c’était te perdre entre mes cuisses ou dans la chaleur de ma bouche. Peut-être.

Mais imagination ou pas, la femme qui a su aimer comme ça, complètement, celle qui s’est sentie libre d’exister, celle qui s’est sentie belle, pour vrai, pour la première fois de sa vie, elle est née dans cet espace de liberté qui n’a existé qu’entre nous. Avec toi, je n’avais pas besoin de faire semblant. Je n’avais pas peur d’être trop. J’étais vraie. Et plus je me permettais d’exprimer ce que j’avais toujours refoulé, plus j’avais l’impression de te plaire. J’y ai cru. Si désespérément. C’était un sentiment grisant que je n’avais jamais connu avant toi. Que je n’ai plus connu depuis.

Alors oui, même après toutes ces années, tu me manques. Plus de la même façon qu’avant. La douleur ne m’est plus insupportable. Tu me manques parce que cette part-là de moi me manque. Celle que j’étais dans tes bras me manque. Celle que je voyais dans ton regard. Celle qui était, pour la première fois, en harmonie. Quand j’étais tienne, j’aimais mes couleurs. J’étais vibrante. Et cet éclat me manque.

Et j’ai essayé, par le passé, de retrouver auprès d’un autre cette légèreté que je n’ai ressentie que contre ta peau, mais je n’ai pas trouvé. Personne n’a compris qu’au fond, j’ai juste besoin d’être vue. 

Je me suis contenté des souvenirs pendant un moment. Ce que nous avons vécu, c’était beau. Mais aujourd’hui, je n’arrive plus aussi bien à contenir tous mes paradoxes. Et je suis fatiguée d’estomper, d’atténuer ma lueur quand c’est précisément son éclat qui a éclairé mes parts d’ombre. Et j’ai peur de ce désir que je sens à nouveau frémir sous la surface…

dimanche 30 décembre 2018

La lettre que tu ne m'as jamais écrite

Mon amour,

Je t'ai laissée, hier. Sans te dire un mot. Tu as refermé la porte de mon appartement et j'ai pleuré, le front appuyé sur la porte. Je venais de te voir, pour la dernière fois. Je sais que cela te fera souffrir. Amèrement. Et je m'en veux de t'imposer ce silence qui te blessera, encore. Je les devine, ces nuits pleines de larmes. Et chacune de ces larmes me perce le coeur. Sache, mon ange, que j'ai versé chacune des larmes que tu pleureras. Je m'en veux de te laisser, mais je ne vois pas d'autre solution.

Tu vois, je ne peux pas t'expliquer pourquoi je m'en vais. Tu m'as fait promettre, au tout début de notre relation, de ne jamais te dire «Je t'aime». J'ai promis. Et je tiens mes promesses. Je t'aime et cet amour m'est insupportable. Même si tu m'as relevé de ma promesse, je ne pourrai jamais te dire à quel point je t'aime. 

Je m'en vais, parce que chaque fois que l'on se voit, je souffre. Je souffre de n'être pas celui qui se réveillera à tes côtés le lendemain matin. Je souffre de ne t'avoir à moi que quelques heures, alors que je te voudrais pour le reste de nos vies. J'ai mal de te voir m'aimer comme tu le fais et de savoir qu'en bout de ligne, c'est lui, eux, que tu choisiras. J'ai mal de cette vie que tu as, ailleurs, dans laquelle je n'ai pas ma place. J'ai mal de n'avoir pas ce «chez nous» dont je rêve pour nous deux. 

Je ne veux pas être celui qui brise ton couple. Ta famille. Je ne peux pas vivre avec ce poids. Je ne veux pas que tu m'en veuilles pour ça. Ce choix, si jamais tu y arrives, tu dois le faire par toi-même. Toute seule. Parce que ta vie ne te rend pas heureuse. Pas parce que tu sais que je veux que tu sois mienne.

Je sais que tu ne comprendras pas tout de suite. Un jour, dans quelques mois, quelques années, tu comprendras. Tu comprendras que je te laisse parce que je t'aime, de tout mon être. Tu comprendras à quel point je me fais violence. Je m'ampute de toi. J'arrache à ma vie cet amour, cette passion et ce désir infini que je ressens pour toi. Je dois essayer de continuer à avancer. Seul. Sans toi. Essayer de me construire une vie où je ne me sentirai pas coupable d'aimer. 

Sache, mon amour, que tu seras toujours la femme de ma vie. Que quoi qu'il arrive, les moments passés avec toi demeureront des souvenirs brillants, éblouissants. Tu m'as rendu heureux. Profondément. Une part de moi t'appartiendra toujours. Je porterai les cicatrices de notre amour fièrement, parce qu'elles seront les traces des moments les plus magiques que j'aurai vécus.

J'espère, de tout coeur, que tu trouveras ton bonheur. J'espère qu'il comprendra un jour quelle femme tu es et qu'il t'aimera comme tu mérites d'être aimée. J'espère qu'il t'aimera comme je voudrais être libre de le faire. Complètement.

J'espère qu'un jour, tu me pardonneras.

JP





mardi 27 février 2018

Équation

Quotidiennement, je pense à toi. Je te raconterais x, tu rirais d'y...

Ton rire...


Si tu savais combien ton rire me manque...

J'essaie de comprendre, tu vois...

De comprendre comment tu peux passer de la passion torride au silence. Comment mes bras peuvent se refermer sur du vide, encore. Comment j'ai pu me laisser étourdir à nouveau. Comment l'envie de plonger dans ton regard, l'envie de m'enivrer de tes baisers a-t-elle pu m'aveugler au point que j'oublie le froid, l'absence?

J'ai lu quelque part ces quelques mots qui m'ont tellement fait mal. «Silence is an answer.» Et cette réponse que tu me fais, alors que je ne demande qu'à être près de toi, juste un peu, elle me blesse au-delà des mots.

Mon corps t'aime-t-il à ce point où il m'impose l'amnésie pour me faire oublier l'indifférence, pour que je ne me souvienne que des jouissances et des frissons quand tu me fais les yeux doux? Comment se fait-il que je tombe dans le piège, encore et encore, sachant très bien comment tout cela se terminera?

Il est de dures leçons, dans la vie. Quelqu'un de sage m'a déjà dit: «When someone shows you who they are, believe them the first time.» Comment fais-tu pour que je balance aussi rapidement mes bonnes intentions et que je te laisse me faire croire que cette fois-ci, ce sera différent? 

Ce ne sera jamais différent. Ton silence. Ma douleur.





samedi 25 mars 2017

Si ce soir...

Parfois, j’espère recevoir un message. De toi. Avec ton nom en haut. Un message de toi qui me dirait que des soirs, comme ce soir, où il fait froid, j’te manque. Un message qui me dirait que parfois, tu penses à moi. Que des fois, tes petites soirées tranquilles le sont trop, tranquilles, sans moi. Que ce que nous étions, quand nous étions ensemble pendant quelques heures, te manque.

Je ne sais pas pourquoi tu t’es éloigné. Je n’arrive pas à décider si tu avais peur que je m’attache et que plutôt que de m’en parler, tu as fui, ou si c’est toi qui t’attachais… Devant ton silence, j’ai choisi d’endosser la deuxième éventualité. Plus romantique. Meilleure pour mon amour-propre… Moins blessante. Je préfère penser que tu avais envie de plus, parce que je n’arrive pas à croire que tu m’aies encore repoussée parce que tu pensais que je m’attachais trop, en silence, sans rien dire, même si tu sais pertinemment combien ton silence me fait souffrir… Je n’arrive pas à accepter que tu sois aussi cruel. L’homme que j’aimais, il était doux et sensible… Et il m’avait promis de me parler, au lieu de m’imposer le silence… Et je me souviens de t’avoir fait promettre, au tout début de notre histoire, de ne jamais me dire je t’aime. Est-ce pour ça, que tu as fui? Parce que tu avais envie de le dire? Je ne saurai probablement jamais…

Ce goût de l’inachevé m’est toujours aussi amer… Mais peu importe, je ne veux pas te faire de reproches. Ça ne donne rien. J’aurais juste aimé comprendre.

Que fais-tu, ce soir? Tournes-tu en rond dans ton appartement comme je tourne en rond dans ma tête? Est-ce que le souvenir de moi se dessine, flou, aux contours de tes pensées? Est-ce que ça t’arrive, parfois, toi aussi, d’être pris d’un grand vertige parce qu’une image, un souvenir, une odeur te revient, comme un coup en plein ventre, pour te rappeler la sensation exquise de nos peaux qui s’aimaient?

Je n’ai pas honte de le dire, tu me manques. Quotidiennement. Chaque jour, un petit quelque chose m’arrive, et j’aurais envie de le partager avec toi. Avec toi, l’amant. Avec toi, l’ami. J’aurais envie d’entendre ta voix, de t’entendre rire. Même nos silences me manquent. Ces silences doux et pleins.


Tu sais, si ce soir, tu avais envie de me tendre la main et de me dire un petit mot, juste un petit mot, je te répondrais qu’à moi aussi, tu as manqué.

dimanche 24 juillet 2016

Brève...

J'aurais donné tout ce que j'ai, ce matin, pour me réveiller dans la chaleur de ton corps contre le mien parce que je n'oublierai jamais la sensation de ton coeur qui bat contre ma peau.



 

samedi 28 mai 2016

Remerciements

Mon beau brun,


Le mien…

J’ai envie de t’écrire, ce matin, mais je n’ose pas la messagerie instantanée. Je ne veux pas te réveiller au son des vibrations de ton téléphone posé près de toi. Je t’imagine encore couché, chanceux que tu es. J’imagine la langueur de ton corps, la chaleur de ta peau. J’aurais voulu dormir près de toi, cette nuit, lovée contre ton dos, mon visage contre ta nuque, ma main passée sous ton bras que tu replies pour prendre ma main dans la tienne, tes doigts et les miens entrelacés…

J’ai envie, non, j’ai besoin de te dire merci. Je suis ce mélange complexe et déroutant, pour tous les hommes que j’ai rencontrés avant toi, de perversion et de tendresse. Avec toi, je sens enfin que je n’ai pas besoin de cacher un de ces deux aspects de ma personnalité. Mieux encore, je sens que tu vibres sur les mêmes ondes que moi… Chaque fois que j’ai été avec un homme, dans ma vie, j’ai dû me cacher… Chez moi, c’est l’étendue de ma perversion que je dois cacher… Aucune chance qu’il n’ait envie de prendre mon cul… Aucune chance qu’il veuille me baiser plus d’une fois dans la nuit. Aucune chance que mon plaisir ne vienne si le sien est déjà arrivé… J’ai eu besoin de plus… Mais ailleurs, c’est mon côté fragile et tendre, que je dois cacher. Les amants que j’ai eus avant toi ne me laissaient pas les enlacer tendrement une fois les spasmes apaisés. Aucun d’eux ne supportait que je les regarde dans les yeux bien longtemps… Avec toi, je me sens complète. Pour la première fois. Et ce qui me touche encore plus, c’est que tu sembles apprécier cette dualité qui m’habite… Pour la première fois, je n’ai pas besoin de faire semblant d’être ce que je ne suis pas. Je peux juste être, naturellement, sans censure… C’est probablement ce qui fait que ces moments auprès de toi sont si bons, si précieux… C’est probablement aussi ce qui fait que je jouis aussi facilement, avec toi. Je ne retiens rien…

Alors tu sais, quand tu t’offres comme hier, quand tu veux faire de moi celle à qui tu offres ton abandon… ça m’émeut beaucoup…

Merci, mon bel amant.

Je porte cet honneur et ce bonheur bien au chaud, comme un trésor, comme un diamant précieux.

Et si j’étais près de toi, en ce moment, je te réveillerais doucement pour te faire l’amour (remarque le choix des mots…) doucement, silencieusement, tendrement...

Ton Ange

mercredi 4 mars 2015

Ça commence par un petit frottement

Ça commence par un petit frottement. Tout petit. Le genre de frottement que l'on fait du bout des doigts quand on veut se gratter sans vraiment le faire pour vrai, tu vois. Du bout des doigts, parce que ça pique un peu, mais pas beaucoup. Alors on gratte un peu, mais pas beaucoup. Or, quelques secondes après, la démangeaison est encore là. Tannante. Ça pique. Alors tu grattes un peu plus fort. Pour soulager. Tu attends quelques secondes, plein d'espoir... C'est mieux? Alors que tu croyais la situation réglée, alors que tu cesses de sentir les chemins de tes ongles sur la peau, au moment où tu replonges le nez dans ton bouquin, la démangeaison se pointe à nouveau, insistante. Tu n'auras pas le choix, tu vas devoir gratter. Gratter pour vrai. Avec les ongles. Fort...

Le pire, c'est que rien ne garantit que la démangeaison s'en ira. Parfois, on dirait qu'elle est sous la peau. La salope. Elle ne gagnera pas. Je suis plus forte qu'elle. Je vais poursuivre ma lecture, cesser d'y penser, et elle va disparaître... Oui, elle va disparaître... Les yeux suivent les mots, mais pas le cerveau. Le cerveau, lui, se concentre à oublier la démangeaison. (Ami lecteur, tu auras relevé là un paradoxe... Quand on se concentre sur quelque chose, on mobilise toute notre attention. On ne peut donc pas mobiliser notre attention pour oublier, c'est un non sens... Mais tu l'avais compris, n'est-ce pas?)

Un objet pointu... Il me faut utiliser la pointe d'un stylo, une broche à tricoter (ah! si seulement je savais tricoter!), mes dents... N'importe quoi qui fera disparaître ce picotement du derme qui me pourrit la vie! Tiens, le coupe-papier...

Rien n'y fait, Absolument rien! La peau rouge, éraflée d'avoir trop été grattée, ça pique encore...

-Hé, ho! Où veux-tu en venir, Mesmots? C'est pas bientôt fini, la métaphore épidermique?

Sois patient, ami lecteur... Je me gratte un peu. Oui, parce que parler de démangeaison, c'est comme parler de poux. Ça pique pas seulement la curiosité! 

Tu vois, c'est ça... Juste d'en parler, ça pique... Juste d'y penser, ça pique...

Lui et moi, ça a commencé par un petit frottement...

Et ce soir, juste d'y penser, ça pique...